Archives mensuelles : octobre 2006

Science et littérature

La littérature parle plus de la science que la science ne parle de littérature, c’est certain (en même temps je ne vois pas comment placer un poème de Baudelaire dans une équation). Attention, je parle ici de la Science dans la littérature, pas des scientifiques qui publient leurs recherches sous formes de livres ou d’essais pour tous. Dans ce dernier cas, je préfère parler de vulgarisation scientifique, c’est à dire donner un aspect ludique et accessible à des contenus scientifiques complexes, dans l’objectif de répandre un savoir, ceci est bien différent et je l’ai déjà abordé dans plusieurs articles (voir Soyons vulgaires avec la Science ! ). Ici je parle des écrivains, romanciers, qui incorporent des éléments scientifiques à leurs écrits. On pense en premier à la Science-Fiction bien entendu, ce genre littéraire permettant d’explorer le futur ou d’autres mondes en se basant sur les technologies actuelles et en imaginant leurs évolutions. Il ne faut pas confondre science-fiction et fantastique, ce dernier étant un genre différent incluant des éléments « magiques » de natures non-expliquées (du style fantôme, forces surnaturelles) provoquant une cassure dans un monde « normal ».

On peut dire que depuis la Grèce antique jusqu’au XVIIième siècle beaucoup de scientifiques étaient aussi des philosophes et la séparation entre science et littérature n’était pas bien distincte. On peut citer Aristote, Archimède (IV et III av J.-C), Copernic (XVI), Galilée, Pascal, Newton, Descartes (XVII). Néanmoins, cette séparation est de plus en plus forte, notamment depuis les Lumières (XVIIIième siècle) où l’ensemble des connaissances sont appréhendées d’un point de vue scientifique « Le progrès passe par les connaissances et le bonheur par les sciences », puis au XIXième où l’arrivée de la vague romantique crée un véritable abîme entre littérature et science.

Désormais on trouve deux catégories de personnes mêlant la littérature et les sciences :

  • Les écrivains issus de formation scientifique (Lewis Carroll, Michel Houellebec…)
  • Les romanciers avides de l’extraordinaire et voulant incorporer des éléments scientifiques (Jules Verne).

On peut retrouver des descriptions de nouvelles technologies, des inventions, et des explications scientifiques actuelles. Jules Verne est évidemment l’exemple phare de cette réussite. Son éditeur disait en 1886 « Son but est, en effet, de résumer toutes les connaissances géographiques, géologiques, physiques, anatomiques amassées par la science moderne, et de refaire, sous forme attrayante et pittoresque qui lui est propre, l’histoire de l’Univers. »

 

 On peut aussi l’utiliser des connaissances actuelles et de les extrapoler dans l’avenir. Je pense au livre de H.G Wells « La machine à explorer le temps » écrit en 1895 (on ne rigole pas). Je ne fais pas allusion à la relativité et au voyage dans le temps vu que ce livre a été écrit avant la relativité mais à ce que découvre notre voyageur en 802 701. Il arrive dans un monde où l’homme a divergé selon deux branches (les Elois et les Morlocks) constituées d’un côté par des faibles décadents et de l’autre par des forts carnivores et brutaux. On ne s’étonnera alors pas que Wells a eu pour professeur d’anatomie Darwin. On retrouve alors dans ce livre de science-fiction une théorie qui a l’époque (et encore parfois maintenant) n’était pas reconnue, la théorie de l’évolution de Darwin. Je ne suis pas certain que tous les lecteurs de l’époque aient noté la présence de la théorie de l’évolution dans le livre mais on peut s’étonner de trouver la défense de théories hautement scientifiques dans de tels ouvrages. Après tout, ce n’est souvent qu’une question de temps pour que la science-fiction devienne science mais encore faut-il avoir de solides connaissances pour envisager des technologies possibles et non des aberrations comme on en trouve beaucoup. Je mets ma main à couper que le style de sabre-laser utilisé dans star-wars n’existera jamais tel qu’il est employé mais un engin de destruction comme l’étoile de la mort qui envoie un gros rayon pour exploser une petite planète, ça ne m’étonnerait pas plus que ça (dans un avenir assez lointain quand même).

On peut bien sûr mêler la science actuelle dans les romans, moi j’aime bien lire un policier où on peut trouver des explications sur les manipulations scientifiques pour retrouver le meurtrier (je pense particulièrement aux romans de Praticia Cornwell qui racontent les aventures de la médecin légiste Kay Scarpetta). On s’endort moins bête le soir et c’est toujours agréable d’apprendre en lisant un roman.


Bref, tout ce texte pour dire que la science utilisée à juste titre ou pas dans la littérature, ça ne peut pas faire de mal. En tout cas, cela permet de s’instruire dans certain cas, d’ouvrir l’esprit et de rêver un peu dans d’autre cas, de s’affranchir des œillères de scientifiques.

LA Science : progrès ou déclin ?

Demander à une personne si elle est pour ou contre la science revient souvent à lui demander si elle pense que la science permet un progrès ou un déclin de notre société. Contrairement à ce que l’on peut penser, les avis sont assez partagés.

D’un coté, on trouve ceux qui trouvent ça  « cool » car ils ont des lecteurs DVD, des iPOD, des supers jeux vidéos et une voiture qui parle. Pour cette catégorie de personne, la science est indéniablement un énorme progrès car elle permet de « simplifier » la vie de tous les jours même si ce à quoi ils pensent ce n’est pas vraiment LA science mais des applications de certaines découvertes pour le grand public, c’est à dire une partir infime des applications scientifiques.

En face, il y a ceux qui au mot « science » associent les guerres avec des armes toujours plus perfectionnées faisant encore plus de dégâts, leurs impôts servent à payer des chercheurs qui font des recherches sur des sujets incompréhensibles qui n’ont à leurs yeux aucune utilité. De plus, ils attribuent souvent la fainéantise grandissante des gens aux nouvelles technologies. Pour ce type de personnes, la science est synonyme de déclin, c’est cette science du 20ième siècle qui va détruire l’Homme et nous empêche de réfléchir en nous mâchant tout le travail.

 Evidemment, j’ai traité ici deux cas extrêmes qui n’existent pas forcément, ce sont des stéréotypes, ces 2 catégories de personnes ont un peu raison chacune, on parle bien de progrès scientifiques et technologiques qui nous facilitent la vie en la rendant plus agréable mais désormais il n’est plus question de réparer sa voiture avec un tournevis et une clef de douze en remettant sa ceinture en guise de courroie pour que ça tourne et les guerres sont de plus en plus destructrices, on décline !

Il est vrai que les avancées technologiques permettent de fournir des produits toujours plus évolués mais en même temps, on rentre vraiment dans une société de consommation où une fois notre petit bijou technologique cassé (car c’est pas toujours très solide) il faut racheter le nouveau modèle et jeter le vieux à la poubelle car sa réparation coûterai plus cher que d’en acheter un neuf plus performant. De ce point de vue, le progrès n’est pas forcément évident. Ce n’est plus d’actualité de fabriquer et vendre un produit costaud, c’est d’ailleurs pour cela que certains ustensiles culinaires ont évolué pas vraiment dans le bon sens. Avant on achetait un presse-purée chez MOULINEX qui durait 50 ans sans problème, car il était fabriqué avec un bon acier inoxydable, le problème c’est que commercialement ce n’est pas viable pour l’entreprise et ça aboutit sur des « plans de restructuration », c’est-à-dire des licenciements. Désormais, mieux vaut en vendre beaucoup le moins cher possible (du point de vue de l’entreprise bien sûr), c’est-à-dire un presse-purée en plastique basse qualité qui dure 1 an. En ce sens je ne sais pas si on a fait des progrès.


Mais attention, il faut se replacer dans le contexte pour traiter cette question (Science progrès ou déclin ?). Il faut, à mon avis remettre les choses à leur place et séparer plusieurs aspects :

  • Les réels progrès scientifiques qui peuvent permettre de développer une nouvelle technologie mais qui ne sont pas à but commercial.
  • Notre société de consommation qui évolue et qui va venir exploiter des aspects technologiques dans le but de gagner plus d’argent.

En tant qu’amoureux de la Science et fervent défenseur de la recherche scientifique à tous niveaux, je prône évident l’aspect « progrès » de la Science mais pas pour les mêmes raisons que notre premier stéréotype. A mon avis, la Science doit en premier lieu répondre à des questions dont on ne connaissait pas la réponse avant. La Science c’est l’art d’appréhender le monde qui nous entoure et de répondre aux questions de l’Homme. J’entends par là que la Science doit d’abord servir à comprendre notre monde, notre Univers : de quoi la nature est-elle faite et comment fonctionne t-elle ? C’est plus ou moins ce que l’on appelle la recherche fondamentale. Il n’y a, dans cette optique, aucune portée économique ou commerciale. On pourrait penser que dans cette catégorie de recherche tout a déjà été trouvé : c’est FAUX. Plus on affine notre perception de la nature, plus de nouveaux questionnement arrivent. Je prend en exemple le CERN (l’Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire à Genève, voir article antérieur sur le CERN) qui mène des recherches en physique des particules dans le but d’avoir une meilleure connaissance de la matière qui nous entoure et des premiers instants de l’univers juste après le supposé BIG-BANG. Voilà une des prochaines questions à laquelle ils pensent répondre : « Qu’est-ce qui donne une masse à la matière ? »  Autrement dit, pourquoi un électron a une masse de 9,11. 10-31 kg et le proton une masse de 1,672 10-27 kg ? Personne ne peut dire pourquoi le proton est 1800 fois plus lourd que l’électron. Après plusieurs dizaines d’années de recherche en dépensant plus de 10 milliards d’euros pour le nouvel accélérateur de particules (le LHC) et en exploitant 6000 personnes d’une vingtaine de pays, peut-être que cette question va être résolue dans les années à venir. A quoi sert concrètement de savoir cela pour monsieur tout le monde? Eh bien je dirai à rien si ce n’est valider un modèle théorique sur la composition et l’interaction de la matière (le modèle standard). En ce sens, je trouve la Science noble, trouver des réponses à nos questionnements sur la nature constitue un progrès gigantesque pour notre connaissance.

Mais bon, la science, c’est aussi la recherche appliquée, trouver de nouvelles technologies qui aboutiront sur des brevets dans le but de développer des produits commerciaux. A la base, ce sont toujours des recherches utiles qui aboutissent à des progrès réels en utilisant comme matière première les résultats de la recherche fondamentale qui n’a pas forcément trouvé d’applications car ce n’est pas son rôle. Je reprends toujours le même exemple que j’aime beaucoup :  Einstein (ou Poincaré) établit la relativité en expliquant que le temps ne s’écoule pas toujours à la même vitesse (selon les champs gravitationnels et notre vitesse), il n’y a aucune application mais 80 ans plus tard quand les USA ont mis en route le système de positionnement GPS, cette dérive temporelle dans les satellites a dû être prise en compte (voir article GALILEO). Dans cet exemple je vois vraiment des progrès scientifiques car une trouvaille scientifique a été réellement bien exploitée.

Bien sûr, en pensant à Einstein, on pense aussi que la relativité à mis en exergue l’équivalence masse-énergie (le fameux E=mc²) et que de cette formule, les puissances militaires sont arrivées à créer des horreurs destructrices, je parle bien sûr de la bombe Atomique et de la bombe H. Dans ce cas, je ne suis pas sûr que le mot progrès soit très approprié mais je tiens à souligner que ceci n’est pas la faute de la Science. La faute revient entièrement aux différents gouvernements qui exploitent des découvertes à des fins guerrières. Ici, on ne doit pas condamner la Science mais l’Homme !

J’attends vos réactions à ces différents propos, n’hésitez pas à faire part de vos impressions sur ce sujet qui peut s’avérer délicat.