Archives mensuelles : décembre 2018

Une histoire de tout, ou presque…

Le titre de ce livre de Bill Bryson peut faire sourire mais quand on le lit, c’est la franche rigolade ! Ce livre a reçu le prix Aventis pour le meilleur livre de vulgarisation scientifique en 2004 et le prix Descartes de la communication scientifique en 2005 et c’est tout à fait justifié.

J’ai la chance d’avoir lu pas mal de livres de vulgarisation scientifique dans ma vie dont beaucoup d’excellents mais celui-là me laissera un souvenir unique et impérissable. Comment un personnage comme Bill Bryson (qui est écrivain-voyageur) peut prétendre raconter « l’histoire de tout » en 600 pages ? Eh bien si, c’est possible, il l’a fait, et de manière absolument incroyable. J’ai rarement appris autant de choses dans un livre, surtout avec un humour aussi décapant et incisif, impossible d’échapper à un ou deux rires tout haut dans mon lit le soir pendant mes lectures ! Ce livre est destiné au grand public mais même sur des sujets scientifiques pourtant familiers, il réussit à nous faire redécouvrir l’histoire des sciences avec son angle de vue bien à lui.

Le livre commence avec le début de l’Univers et fini à aujourd’hui, c’est aussi simple que cela et c’est tout à fait logique au vu du titre. Entre temps, on passe (dans le désordre) par les dinosaures, la géologie, la relativité, la physique des particules, la vie, le climat, la chimie, la génétique, l’océanographie, l’évolution, les bactéries, nous-mêmes, etc. En fait, ce que je préfère dans cet ouvrage, c’est que Bill Bryson nous raconte sa version de l’histoire des sciences comme si on était deux vieux copains accoudés au comptoir d’un bistrot autour d’une petite bière (pratique qu’il aime bien d’ailleurs après avoir lu deux autres de ses livres depuis).

Le nombre d’anecdotes est phénoménal et je pense que sa vraie force réside dans le fait de nous transmettre la joie de découvrir comment la science s’est construite au jour le jour, d’années en années et de siècles en siècles avec des hommes et des femmes étonnants, rarement reconnus dans la « grande histoire des sciences » pour leurs contributions. Il explique très bien comment de nombreux faits nouveaux ont été pré-découverts par des inconnus avant de l’être par leurs « découvreurs officiels » retenus par l’histoire. C’est avec ce livre qu’on comprend vraiment que la science ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui si on avait seulement eu Galilée, Newton, Darwin, Planck et Einstein. Il en faut des milliers d’autres pour que ça marche, même si certains ont des démarches plus ou moins douteuses comme Haldane qui organisait des expériences sur les limites du corps humain plus que dangereuses sur lui-même et son entourage. Extrait :

« Alors qu’il s’empoisonnait scrupuleusement à l’oxygène, Haldane eut un jour une crise d’épilepsie si violente qu’il s’écrasa plusieurs vertèbres. Le collapsus de poumons était un accident de pure routine ; la perforation des tympans était plus courante encore, mais, comme le soulignait Haldane dans une note rassurante, le tympan en général se soigne ; et s’il y reste un trou, bien que l’on en reste un peu sourd, on peut souffler de la fumée de cigarette par l’oreille concernée, ce qui est un véritable talent de société. »

Etant thermodynamicien, j’ai apprécié la place qu’il donne à J.W. Gibbs qui est tout autant à honorer que les traditionnels Planck, Boltzmann ou Maxwell à cette époque alors que Gibbs est souvent oublié et inconnu du grand public. Bill Bryson nous rappelle à juste titre le génie de cet individu, qui a inventé le terme « mécanique statistique » et qui est un des précurseurs de la physique statistique, une des plus grandes théories de la fin du 19ième siècle. Gibbs a d’ailleurs rédigé une œuvre que les spécialistes qualifient de « principia de la thermodynamique », entendez par là qu’il possède un génie égal à Newton… Malheureusement Gibbs a publié son œuvre dans une revue obscure du Connecticut dont personne n’a jamais entendu parler (même dans le Connecticut !) et ne cherchait ni la célébrité, ni vraiment à partager ses idées avec le monde…

Mais l’histoire que je préfère est sans doute celle de ce pasteur australien inconnu dénommé Robert Evans qui a découvert avec son télescope amateur dans son jardin plus que de 40 supernovæ depuis les années 50, avec une moyenne de deux supernovæ par an entre 1981 et 1996, soit plus que les grands télescopes internationaux pendant cette même période. Certes, il a depuis été dépassé par la technologie mais il reste redoutable, même face à l’armée des télescopes géants qui sillonnent le monde assistés d’une puissance informatique computationnelle hors du commun. Bill Bryson nous explique que si vous lanciez des grains de sel un jour au hasard sur 1500 tables devant cet astronome amateur, il détecterait facilement un grain de sel déplacé le lendemain. En revanche, sa femme nous explique depuis sa cuisine qu’il ne se souvient jamais de l’endroit où il pose les choses dans la maison, voici une histoire typique à la Bill Bryson !

Bref, vous l’aurez compris, si vous êtes curieux, vous devez lire ce livre !