De la RMN à l’IRM

Tout le monde connait maintenant l’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) qui est devenue un examen presque classique en imagerie médicale lorsqu’on a besoin d’images précises de la moelle épinière ou du cerveau mais aussi pour toutes les articulations, muscles, cellules cancéreuses ou toutes zones irriguées par le sang.

IRM-1La France est cependant sous-équipée avec seulement 684 IRM au total sur son territoire, soit environ 10 IRM par million d’habitants, contre une moyenne de 20 en Europe, ce qui explique une attente moyenne de 37,7 jours en France pour réaliser cet examen parfois indispensable pour rendre un diagnostic à des patients souffrants en attente d’un traitement adéquat (source). La France fait donc figure de mauvaise élève en la matière. Certes, un IRM coûte cher, dans les 2 millions d’euros, mais la demande n’est pas satisfaite comme il se devrait.

IRM_photoJe vais essayer de vous expliquer ici comment fonctionne un IRM et pourquoi cette technique est si révolutionnaire, ne présentant quasiment que des avantages.

La Résonance Magnétique Nucléaire

L’IRM est basée sur un phénomène physique appelé la Résonnance Magnétique Nucléaire (RMN) découvert en 1938 par Isidor Isaac Rabi, un des pères fondateurs du CERN à Genève (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire) et qui obtiendra d’ailleurs le prix Nobel pour cette découverte en 1944. On dénombrera d’ailleurs pas moins de 5 prix Nobel ayant un rapport avec la RMN et l’IRM entre 1944 et 2003.

La RMN tire son explication du fait que les noyaux des atomes (les protons et les neutrons) possèdent une sorte de « petit aimant » interne que les physiciens appellent « spin ». On peut donc dire qu’un atome possède aussi un spin en ajoutant tous les spins de chaque particule qui le compose. A noter que si 2 petits aimants sont inverses l’un de l’autre, alors ils s’annulent et le spin résultant est ainsi nul.

Si on applique un champ magnétique à ces « petits aimants », ils vont alors se mettre à tourner sur eux même en décrivant un cône, un peu à la manière d’une toupie, c’est le phénomène de la précession de Larmor.

 IMR_Larmor

Un atome de spin non nul assure un mouvement de précession de Larmor autour d’un champ magnétique constant (B0)

Ainsi, tous les atomes ayant un nombre de protons et de neutrons pair come l’oxygène (4 protons + 4 neutrons) et le carbone (8 protons + 8 neutrons) ont un spin nul et ne sont donc pas soumis au phénomène de RMN. En revanche, tous les atomes ayant un nombre de protons et de neutrons impair sont soumis à ce phénomène de résonance magnétique tel l’hydrogène (1 seul proton). L’hydrogène est intéressant en RMN car il très bien connu des scientifiques et il est présent en grande quantité dans le corps humain dans les molécules d’eau (H2O).

Comment fabriquer une image ?

Pour fabriquer une image en 3 dimensions, on va mettre l’échantillon qui nous intéresse (un homme par exemple) dans un puissant champ magnétique constant. Tous les atomes de spins non nuls vont alors tourner comme des toupies dans la même direction. On va alors ajouter dans une autre direction de l’espace un champ magnétique oscillant au champ magnétique constant de manière à exciter certains atomes qui vont osciller à leur tour à une fréquence bien particulière et quand on va arrêter ce champ oscillant, les atomes vont regagner progressivement leur position initiale dans le champ magnétique constant, c’est ce qu’on appelle la relaxation. Chaque atome oscille à une fréquence bien précise en fonction du champ magnétique, par exemple, l’hydrogène oscille à une fréquence de 42 MHz pour un champ magnétique de 1 Tesla. Lorsque ce phénomène apparait et disparait, on peut mesurer avec une antenne réceptrice ces atomes comme l’hydrogène qui ont changé de direction sous l’influence de ce champ magnétique oscillant. On répète l’opération dans les 3 dimensions et à plusieurs fréquences connues si on s’intéresse à plusieurs composés chimiques et on peut alors mesurer la répartition de chaque ensemble d’atomes dans l’espace.

IRM_craneUne fois toutes ces mesures faites, il faut alors reconstituer une image en 3 dimensions. Cette question a pu être résolue récemment dans les années 70 grâce aux importants progrès en traitement du signal et grâce aux progrès de l’informatique sans lesquels l’IRM serait impossible car cette technique nécessite une grande quantité d’information et de calcul pour reconstituer une image.

L’IRM : la machine

En gros, un IRM, c’est:

  • Un gros aimant pour faire un champ magnétique permanent et homogène, c’est le gros tube dans lequel on rentre et qui fait environ 60 cm de diamètre.
  • Trois bobines de gradient dans les 3 directions de l’espace pour créer les champs magnétiques oscillants. Elles sont généralement réparties autour du tunnel de l’aimant.
  • Des antennes radiofréquences pour mesurer le signal de précession des atomes qui résonnent. Généralement placées autour de la tête ou de toute autre zone à observer.
  • Un super PC qui fait tourner un algorithme informatique pour décrypter toutes les mesures des antennes et reconstituer l’image.

La pièce centrale de l’IRM est véritablement l’aimant principal car plus le champ magnétique est intense, meilleur sera la résolution de l’image à la fin. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui la plupart des IRM utilisent des aimants supraconducteurs (voir ce billet sur la supraconductivité) permettant d’atteindre des champs magnétiques jusqu’à 7 Teslas dans les IRM, soit plus de 100 000 fois le champ magnétique terrestre qui nous indique le nord ! Grâce à ces champs extrêmement puissants on obtient des images précises au millimètre avec un très bon contraste. Le CEA est même en train de construire un IRM à 11,5 Tesla pour une ouverture de 90cm (Iseult) dans le cadre du projet Neurospin à Saclay.

 IRM_IseultCoupe de laimant Iseult de 11,5 T pour le projet Neurospin. En orange : les bobines supraconductrices. En bleu : lenceinte hélium et la structure mécanique © CEA.

Evidemment, le coût de ces aimants est important et en plus, ils doivent fonctionner à une température cryogénique proche du zéro absolu. En effet, les aimants supraconducteurs IRM sont généralement refroidis à 4,5 K, soit -266 degrés à l’aide d’hélium liquide et demande donc une infrastructure assez importante pour fonctionner avec un coût associé non négligeable.

Est-ce dangereux ?

Certains détracteurs tentent de montrer que l’exposition à des champs magnétiques de manière répétée peut entrainer des troubles de santé mais rien n’a jamais été prouvé jusqu’à présent et il est clair que le fait de réaliser quelques IRM dans l’année (une séance dure environ 30 minutes) est inoffensif pour la santé. L’IRM conventionnel n’utilise pas de traceur et il n’y a aucune radiation liée à cette technique (cependant on trouve parfois le couplage de l’IRM avec un agent de contraste radioactif pour améliorer certain diagnostic).

C’est d’ailleurs un des principaux atouts de l’IRM contrairement aux angiographies ou aux scanners qui utilisent des rayons X provoquant l’irradiation des patients de manière significative. A titre de comparaison, un patient réalisant un scanner de l’abdomen  reçoit d’un coup une dose de radiation de 10 millisievert, soit la moitié du seuil maximal accepté pour un travailleur français dans le nucléaire en une année complète alors que pour une IRM classique, c’est zéro !

Il y a cependant des contre-indications pour passer une IRM comme :

  • La présence d’objets métalliques dans le corps : bah oui, imaginez ce que va faire un morceau de métal dans un champ magnétique intense… Je ne parle même pas d’un patient ayant un pacemaker qui n’a pas le droit d’approcher un IRM à moins de 15 mètres.
  • La claustrophobie : le tunnel fait dans les 60cm de diamètre, on est attaché sur une table mobile et ça fait un boucan d’enfer…
  • L’obésité et les femmes enceintes (toujours le problème de l’étroitesse du tunnel). IRm-2

 L’IRM fonctionnelle : une révolution

Une autre révolution est l’IRM dite fonctionnelle, ou encore IRMf. Cette technique se base sur le fait que la désoxyhémoglobine (les globules rouges dans le sang auxquelles les atomes d’oxygène ont été absorbés par le métabolisme du corps) est sensible au phénomène de RMN. On peut alors exciter la fréquence de ces molécules par RMN et ainsi avoir un indice sur l’afflux de sang oxygéné qui chasse le sang désoxygéné. Ce signal appelé « signal BOLD » peut s’acquérir en IRM en environ une seconde seulement.

On peut alors enregistrer ce « signal BOLD » en temps réel sur un patient dans une IRM comme un film et suivre en direct l’oxygénation du cerveau lors d’exercices cognitifs qui mettent en avant quelles zones du cerveau sont actives. Cette technique a été révolutionnaire car elle permet une résolution spatiale de l’ordre du millimètre  et une résolution temporelle de l’ordre de la seconde sans aucune contrainte de répétitivité comme l’IRM est non invasive et ne génère pas de radiation. irmf1-grdImage obtenue par IRMf illustrant la dissociation dans le cortex orbitofrontal entre récompenses primaires (image érotique) et secondaire (gain d’argent). © CNRS.

Ces avantages ont permis de très grandes avancés pour la recherche en psychologie cognitive et comportementale ainsi qu’en psychiatrie dans les 10 dernières années. L’IRMf a détrôné la TEP (Tomographie par Emission de Positrons) qui était jusqu’alors utilisée pour faire des études du cerveau mais avec une résolution de plus de 250 mm3 et une résolution temporelle de 2 minutes tout en étant invasif et générant des radiations.

3 réponses à “De la RMN à l’IRM

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  2. excellent article .j’aime beaucoup l’importance de la technologie de l’informatique dans ces matériels.
    merci pour le partage .

  3. Cette vidéo pédagogique décrit bien l’IRM après avoir illustré ce qu’est la RMN
    http://www.edumedia-sciences.com/fr/media/776-video-lirm?auth=d1f7804b6f91b18b8d18568688f18929-9827

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