La science, une histoire de mixeur !

Quand on commence à vraiment étudier les mathématiques, on se dit en toute honnêteté, ça n’a aucune utilité ! Certes, ça forme l’esprit et ça permet de développer la réflexion, la déduction, mais manipuler des espaces vectoriels de dimension 12 et des objets mathématiques loufoques comme les Distributions dans tous les sens, ça ne peut pas avoir d’utilité. Eh bien en général on s’aperçoit de l’utilité de ces outils plusieurs années après, et c’est bien dommage. Le problème de l’utilité des choses que l’on apprend est primordial. Il n’y a rien de plus déprimant que de savoir que ce que l’on fait ne sert á rien. Cette équation est simple dans l’éducation : Utilité = Intéressement. 

Je parle du cloisonnement de l’enseignement des mathématiques de bases, mais il n’y a pas que cela. A l’école, on étudie avec un professeur l’électronique, avec un autre la mécanique, avec encore un autre l’automatique sans parler de celui qui enseigne l’électromagnétisme ou la thermodynamique. Bref, tout est cloisonné, dans un monde bien à part. Chaque matière possède son petit contrôle et une fois le contrôle passé, basta. On ressent bien la présence des mathématiques dans toutes ces disciplines, mais la relation entre l’électromagnétisme et la mécanique, pas trop… Voilà, nous y sommes, le problème est que nous, étudiants, nous ne faisons pas, ou peu, de rapprochements entre toutes les matières alors que ce devrait être essentiel ! Par exemple la plupart des équations de base en mécanique des fluides sont exactement les mêmes qu’en électricité en remplaçant les lettres (le courant devient un débit, la tension une pression, la conservation des énergies sont les mêmes…). Certes, ceci n’est qu’une analogie sans grande importance fondamentale (quoique…) mais il arrive un jour où il va falloir entrer dans la réalité et mettre toutes les matières différentes dans un grand mixeur pour faire un Banana Science Split…

 Par exemple, au hasard, le boulot d’un jeune ingénieur/chercheur est de développer un nouvel alternateur pour les futures voitures d’une certaine marque. Pour cela, il faut bien sûr connaître l’électrotechnique, c’est-à-dire qu’il faut maîtriser l’électricité, l’électronique de puissance  et l’électromagnétisme (soit déjà 3 professeurs et 3 contrôles complètement différents). Ensuite, il faut gérer la théorie du signal, le filtrage (au moins deux autres profs) sans parler de la mécanique pour le fonctionnement et la thermodynamique pour les échauffements (encore 2 profs). Evidemment, il faut contrôler le tout pour le pilotage et aussi s’assurer du bon fonctionnement et des anomalies éventuelles, donc c’est de l’automatique et de la gestion de données (on rajoute facile 2 profs). Il y a également, ça va de soit, toutes les bases en mathématiques, en informatique, en simulation numérique que je n’énumérerai pas, ça serait trop long. Bref, pour ce projet, il faut mixer au moins 9 matières bien distinctes (sans parler des maths et de l’informatique). C’est cela que je reproche un peu à l’enseignement supérieur, bien que je pense avoir bénéficié d’un excellent enseignement, qui, justement, s’efforçait autant que possible de faire des rapprochements, surtout lors des dernières années : normal, c’est ce qu’on appelle un ingénieur il me semble, une personnes ayant une base de connaissances assez larges permettant le développement de nouvelles technologies et de faire preuve d’innovation grâce à cette large palette pour mettre sur pied, par exemple, l’alternateur des voitures de demain.



J’ai d’ailleurs constaté, cette année, en cours de DEA, qu’une connaissance généraliste était un réel atout. Il y avait justement des matières où tout se mélangeait. Les gens issus de la FAC traditionnelle sont sûrement très forts dans leur domaine propre, mais quand il s’agit de faire des choses bien concrètes nécessitant des champs de connaissances divers, ils sont un peu pommés, ce qui est tout à fait normal. Cette année je travaille sur des procédés pétrochimiques et je n’ai jamais fait de chimie de ma vie (enfin si, au lycée mais bon…). En s’y plongeant un peu, ça devient vite compréhensible et pour ce que je dois connaître, je m’en tire sans problème.

Voilà, c’est ça le mixeur, on mélange un peu tout et on y arrive. Le tout, c’est d’avoir les bases solides et d’être ouvert. Les Sciences sont, ils faut l’avouer, tout simplement gigantesques, et aucun être humain normalement constitué ne peut tout assimiler.

6 réponses à “La science, une histoire de mixeur !

  1. Bravo pour ton blog, vraiment clair et sans prétention, j’admire beaucoup les scientifiques qui comme toi essaye de partager leur passion en toute simplicité!!
    Je ne sais pas vers quoi tu te destine, mais prof ça t’irai à merveille

  2. Bravo,Pauline a raison tu es doué pour l’enseignement ,l’atavisme bien sur.Mais tu as compris que l’ingénieur grace à sa culture scientifique panoramique + une dose de méthodologie est apte à tenir le rôle de chef d’orchestre dans l’industrie.
    D’autant mieux s’il possède des qualités de meneur d’hommes.
    Le hic est de choisir

  3. bravo bb pour ton site ca me distrait un peu pendant ces longs mois… continue comme ca…

  4. Inicial BB, j ajoute mon chapeau pour ton blog!!!

  5. j’ai trouvé votre blog par "blogonautes"…je n’ai rien d’autre à faire que de le conseiller à mes propres étudiants…il est "trop bien" surtout cet article qui sait bien placer les mathématiques dans le contexte scientifique actuel…très lucide et très utile en ces temps où les jeunes ne voient pas toujours pourquoi et vers où les guide le chemin mathématique que leur imposent  les programmesje vous lis assidument …merci encore pour ce travail 

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