Archives pour l'étiquette FCC

Le CERN en 13 photos de 2016

Bonne année 2017 !

Pour commencer l’année, voici ma sélection d’une photo par mois prises en 2016 au CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire), pour parler un peu de tous les projets, et pas seulement de l’accélérateur de particules LHC. Vous noterez néanmoins que 3 photos sont liées au HL-LHC qui rentrera en service en 2026 et constituera une amélioration majeure du LHC.

Mais avant tout, voici ma photo préférée hors catégorie pour 2016 : une photo prise en Novembre 2016 du calorimètre 4-Pi de nTOF EAR1. Cette expérience de physique s’intéresse au temps de vol des neutrons pour déterminer avec précision leur énergie cinétique et ainsi mieux les comprendre. Ces neutrons sont produits à partir de collisions entre un faisceau de protons pulsé de 20 GeV/c du Proton-Synchrotron (PS) et d’une cible fixe de spallation en plomb. Après 185 mètres de vol, les neutrons arrivent dans ce calorimètre pour mesurer leur énergie.

© CERN. Photograph: Brice, Maximilien

Janvier 2016

Transport du TDI pour HL-LHC. Le TDI (Target Dump Injection) permet d’absorber les éventuelles pertes de faisceau lors de son injection entre une ligne de transfert et un accélérateur. Cet élément est ainsi une protection de la machine pour éviter d’éventuels dommages occasionnés par le faisceau si son insertion dans la machine est défaillante.

© CERN. Photograph: Bennett, Sophia Elizabeth

Février 2016

Installation de la cellule plasma de AWAKE dans l’ancienne zone souterraine de CNGS. Voir mon billet de l’année dernière sur AWAKE qui accélèrera très prochainement des électrons par effet sillage dans un plasma de rubidium à partir d’un faisceau de protons de 400 GeV provenant du SPS.

© CERN. Photograph: Brice, Maximilien

Mars 2016

Test de modules pour HIE-ISOLDE en salle blanche au SM18. Isolde est une expérience de séparation d’isotopes pour produire des éléments exotiques. HIE-ISOLDE permettra de ré-accélérer à hautes énergies (jusqu’à 5,5 MeV/u) des faisceaux d’ions radioactifs créés à partir de collisions entre un faisceau de protons de 1.4 GeV issu du PSB (Proton-Synchrotron Booster) et d’une cible fixe.

© CERN. Photograph: Brice, Maximilien

Avril 2016

Prototype d’écran de faisceau pour le FCC-hh. Vous connaissez ce projet d’accélérateur de particules de 100 km de circonférence ? C’est le FCC (Future Circular Collider). Voir ce billet de juillet 2015 pour plus d’informations. L’écran de faisceau permet de capturer toutes les sources de chaleur (lumière synchrotron, courant image, nuage d’électrons) issus du faisceau pour limiter les charges thermiques sur les aimants supraconducteurs refroidis à très basse température tout en assurant un vide extrême dans le tube faisceau.

© CERN. Photograph: Brice, Maximilien

Mai 2016

Premier câble supraconducteur en niobium-étain pour le HL-LHC en train d’être fabriqué à l’aide d’une machine Rutherford au bâtiment 163. Ce câble sera utilisé dans un dipôle de 11 Teslas ! Les câbles supraconducteurs des aimants du LHC sont actuellement tous en niobium-titane et produisent un champ magnétique de 8 Teslas. A partir de 2026, le HL-LHC possèdera 8 nouveaux dipôles de 11 Teslas et 24 nouveaux quadrupôles de 12 Teslas autour des points de collisions de ATLAS et CMS. C’est plus de 1 km de LHC qui sera remplacé.

© CERN. Photograph: Brice, Maximilien

Juin 2016

Un bébé faucon sauvé par un employé sur un parking du CERN à Meyrin. Il a été remis aux autorités compétentes pour le nourrir et le protéger. Il sera ensuite remis en liberté dans la région.

© CERN. Photograph: Bennett, Sophia Elizabeth

Juillet 2016

Le groupe de rock « MUSE » visite le Centre de Contrôle du CERN (CCC) en présence de Mike Lamont, le chef de l’opération des accélérateurs (à gauche). C’est depuis cette salle que tous les accélérateurs et leurs infrastructures sont pilotés 7j/7 et 24h/24. Le CERN reçoit régulièrement des « VIP » souhaitant visiter ses installations et le CERN reçoit au total plus de 100 000 visiteurs par an !  Si l’envie vous prend, n’hésitez pas : https://visit.cern/

© CERN. Photograph: Brice, Maximilien

Aout 2016

Salle de contrôle du centre de calcul (bâtiment 513). Tout est « vert » : les données issues des collisions des détecteurs du LHC sont en sécurité.

© CERN. Photograph: Brice, Maximilien

Septembre 2016

Expérience ALFA, au point 1 du LHC (détecteur ATLAS). ALFA (Absolute Luminosity For ATLAS) est constitué de 4 « pots romains » (2 de chaque côté du point de collision) qui permettent de mesurer la luminosité lors des collisions élastiques de protons dans le détecteur ATLAS. Ces collisions élastiques n’ont lieu que lorsque les faisceaux se croisent avec un angle très faible dans le LHC (avec un très grand beta*). Dans ce cas, les protons se « traversent » l’un l’autre tout en restant intacts mais en changeant de direction. Un article récent du bulletin du CERN explique tout cela assez clairement. Extrait: « L’objectif de physique de l’expérience ATLAS/ALFA consiste également à réaliser une mesure précise de la section efficace proton-proton totale, puis d’utiliser cette mesure afin de déterminer la luminosité absolue du LHC au point 1 pour l’exploitation avec un bêta étoile de 2,5 km. »

© CERN. Photograph: Suykerbuyk, Ronaldus

Octobre 2016

Fin des travaux de ICARUS au bâtiment 156 avant son transport vers les USA. ICARUS est un ancien détecteur de neutrinos utilisé au laboratoire de Gran Sasso en Italie en collaboration avec le CERN (ancienne expérience CNGS). Ce détecteur a été entièrement « remis à jour » au CERN cette année pour être réutilisé dans deux nouvelles expériences de neutrinos à Fermilab aux USA près de Chicago.

© CERN.Photograph: Steyaert, Didier.

Novembre 2016

Premier faisceau dans le tout nouveau décélérateur ELENA. Eh oui, au CERN, on ne fait pas qu’accélérer des protons, on décélère aussi des anti-protons pour étudier l’antimatière. ELENA permet de décélérer encore plus des anti-protons venant de AD (Antiproton Decelerator) jusqu’à 5,3 MeV.

© CERN. Photograph: Brice, Maximilien

Décembre 2016

Non ce n’est pas un gâteau d’anniversaire mais un prototype de quadrupôle 12 Teslas pour le HL-LHC imprimé en 3D. Les futurs quadrupôles du HL-LHC permettront de beaucoup plus concentrer les faisceaux qu’avec le LHC pour produire 10 fois plus de collisions dans le même temps. Les imprimantes 3D permettent aujourd’hui de concevoir des prototypes réalistes en peu de temps et à moindre coût avant de passer au prototypage avec les matériaux réels souvent très onéreux.

© CERN. Photograph: Bennett, Sophia Elizabeth.

FCC: le CERN étudie un accélérateur de 100 km !

Nom de code : FCC pour Future Circular Collider, c’est le nom du projet qui regroupe un ensemble d’études pour des futurs grands accélérateurs de particules circulaires de l’ordre de 100 km de circonférence dans la région de Genève où le CERN exploite actuellement le plus grand accélérateur de particules du monde, le LHC (Large Hadron Collider), qui mesure 27 km de circonférence.

FCC_planLocalisation du FCC par rapport au LHC dans la région genevoise. Le FCC passerait sous le lac Léman  et contournerait le massif du Salève entre Suisse, Ain et Haute Savoie. © CERN.

Un accélérateur de 100 km pour faire quoi ?

Si le LHC ne trouve pas de nouvelles particules jusqu’à son énergie maximale en 2018  (14 TeV au centre de masse), cela peut signifier qu’il y a peut-être des particules encore plus massives au-delà de cette énergie qui pourraient répondre aux questions des physiciens qui restent toujours en suspens:

  • Qu’est-ce que la matière noire ?
  • Quelles sont tous les constituants de la matière ?
  • Quelle est l’origine de l’asymétrie matière/antimatière ?
  • Pourquoi la masse des neutrinos est si petite et ont-ils des partenaires super-massifs ?
  • Les particules ont-elles des partenaires super-symétriques ?
  • Y a-t-il d’autres forces dans la nature à plus hautes énergies ?

La communauté internationale s’est donc fixé une limite de 100 TeV au centre de masse (soit 7 fois plus que le LHC) pour repousser cette limite où notre technologie future devrait pouvoir nous conduire mais il y a beaucoup de recherche et de développement à faire pour arriver à ce résultat extrêmement ambitieux. Beaucoup de gens du métier disent que « c’est complètement fou, c’est impossible » mais un ancien responsable de la construction du LHC me disait il y a quelques mois que « c’est exactement ce que tout le monde disait dans les années 80 en parlant du LHC, mais c’est aujourd’hui une réalité et un succès, alors pourquoi serait-ce différent avec le FCC ? ».

En effet, maintenant que le LHC fournit ses résultats et que le boson de Higgs a été découvert à une énergie de 125 GeV, la communauté internationale étudie dès à présent l’ère post-LHC.  Lors de la dernière réunion de la stratégie européenne en physique des particules à Bruxelles en mai 2013, plusieurs grandes priorités pour l’Europe ont été définies dont la nécessité de commencer à étudier des accélérateurs protons-protons et électron-positrons repoussant la limite d’énergie à la frontière des technologies possibles (voir le résumé ici).

FCC_membersParticipants au meeting du coup d’envoi pour le FCC à l’université de Genève en février 2014. ©CERN.

Le CERN doit maintenant rendre une étude conceptuelle détaillée (CDR pour Conceptual Design Report) comprenant les différents aspects du FCC pour la physique, les détecteurs, les accélérateurs et les infrastructures associées pour 2018, date à laquelle une décision devrait être prise par l’Europe, tout en considérant les données fournies par le LHC pendant sa deuxième phase d’exploitation 2015-2018.

Les différents projets

Le FCC encapsule 3 projets de collisionneurs circulaires d’une centaine de kilomètres :

  • FCC-hh : Un collisionneur hadronique proton-proton avec une énergie de 100 TeV au centre de masse (pour comparaison, le LHC est à 14 TeV)
  • FCC-ee (anciennement dénommé TLEP) : Un collisionneur leptonique électron-positron fournissant des faisceaux à des énergies de 45 GeV à 175 GeV (pour comparaison, le LEP2 était à 104 GeV par faisceau).
  • FCC-he : Un collisionneur lepton/hadron réalisant des collisions entre des protons et des électrons à ces énergies.

Le FCC-ee serait en fait une étape intermédiaire pour étudier les bosons W/Z ainsi que le quark top et bien sûr le boson de Higgs en détail avant de construire le FCC-hh qui serait véritablement le projet final pour repousser la limite de l’énergie et trouver de nouvelles particules massives. L’approche est un peu analogue avec l’expérience du LEP (électron/positron) qui a cédé la place au LHC (proton/proton) par la suite.

La taille du FCC n’est pas encore arrêtée car elle est fonction des surcoûts liés au génie civil (plus c’est grand, plus c’est cher) et au surcoût engendré par les aimants qui doivent être plus puissants si l’accélérateur est plus petit pour la même énergie. De plus, les contraintes géographiques peuvent avoir un impact significatif (lac, montagne, …) sur le génie civil. Les études portent donc sur des versions à 80 km et à 100 km de circonférence pour comparer sérieusement les différentes options qui peuvent s’offrir à nous.

Dans ces 3 projets ambitieux, plusieurs technologies clef sont encore à démontrer pour leur faisabilité, en particulier :

  • Pour le FCC-hh : la capacité de fabriquer en grande quantité des aimants supraconducteurs de 16 Teslas (pour la version 100 km) ou 20 Teslas (pour la version 80km).
  • La capacité de refroidir à une température cryogénique l’ensemble des 100 km d’aimants supraconducteurs de manière réaliste et fiable.
  • Pour le FCC-ee : La capacité de développer des structures accélératrices plus efficaces car il faut compenser environ 7,5 GeV de perte synchrotrons à chaque tour pour des électrons, soit une puissance de 50 MW à apporter à chaque faisceau de manière continue.

 FCC_cryoEvolution de la capacité de refroidissement cryogénique à 4,5 K nécessaire aux accélérateurs existants et projection pour le FCC. © Laurent Tavian.

Le coût

En termes de coût, il est actuellement impossible de donner un chiffre car il y a encore de nombreuses inconnues mais on peut tenter d’extrapoler à partir des expériences passées (LEP et LHC). On peut ainsi estimer le coût à environ 8 milliards d’euros pour le FCC-hh et à 1,5 milliards d’euros pour le FCC-ee (source ici). En termes de consommation électrique, il faut compter environ 450 MW pour le FCC-hh, ce qui représente 4 fois la consommation du LHC. C’est beaucoup mais ça reste dans le domaine du possible sous réserve de développer quelques nouvelles technologies, d’autant que le coût de construction est à distribuer sur au moins une décennie et à répartir entre tous les pays membres du CERN, soit 28 pays.

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